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Moi, 
j’aime l’entreprise…

« Moi j’aime l’entreprise », cette déclaration d’amour du 28 août dite  dans l’intimité de l’université d’été du MEDEF par le Premier Ministre a déjà fait couler beaucoup d’encre. Certains ont salué un revirement politique tardif, mais rendu nécessaire par la situation calamiteuse de l’économie, tandis que d’autres ont dénoncé la trahison en rase campagne d’idéaux immémoriaux…Car en France, on en est encore à disserter sur le rôle de l’entreprise dans la création des richesses dont le Pays a besoin, du fait d’une vision dialectique des ressorts de l’économie qui rêve d’entreprises sans actionnaires ni patrons. Le combat idéologique et politique réamorcé à cette occasion va-t-il être utile et conduire à des changements dont le Bien Commun serait le principal bénéficiaire ? Qui ne le souhaiterait ?

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Sur le fond cependant, n’est-il pas étonnant que le Chef de l’Exécutif ait éprouvé le besoin d’exprimer ceci : « La France a besoin de ses
 entreprises, de toutes ses entreprises (entreprises individuelles, PME, Start-ups, 
grands groupes). Car ce sont les entreprises qui, en innovant, en risquant les capitaux
 de leurs actionnaires, en mobilisant leurs salariés, en répondant aux attentes de leurs 
clients, créent de la valeur, génèrent des richesses qui doivent profiter à tous…Ce sont les entreprises qui créent des emplois…il n’y a pas d’emplois sans employeurs. »

Si le Premier ministre s’était contenté de rappeler des nécessités de bon sens, par exemple le rôle de soutien de l’État pour créer le meilleur environnement possible au succès des entreprises, y aurait-il eu débat ? Mais il a choisi d’utiliser un slogan simple en trois mots destinés à frapper l’opinion, dont le terme affectif central a provoqué la polémique. Là où est l’amour, la jalousie n’est pas très loin, surtout lorsqu’elle peut s’établir sur le terreau fertile de la lutte des classes…

Néanmoins, puisque le beau verbe aimer est en cause, il n’est pas inutile de s’en faire l’avocat et d’en préciser le sens.

Le dictionnaire de l’Académie Française propose les définitions suivantes :

  • être porté, attiré, entraîné vers quelqu’un par un penchant instinctif fait de désir et de sympathies mêlés
  • s’attacher à un être, se donner à lui, se dévouer à lui, en allant jusqu’à préférer son bonheur au sien propre
  • apprécier, estimer bon ou beau, trouver agréable

Le Premier Ministre éprouve-t-il un quelconque sentiment vis à vis de l’entreprise, qui le pousserait à se dévouer en sa faveur ? S’il n’avait voulu que souligner son appréciation, « j’aime l’entreprise comme j’aime le chocolat, les belles voitures ou les honneurs », y aurait-il de quoi fouetter un chat ? Ce n’est évidemment pas le vrai sujet…

Pour y voir plus clair, les Anciens nous offrent deux autres définitions : l’amour philia et l’amour agapè. Pour simplifier, disons que l’amour philia est du domaine du sentiment, de l’attirance, de la possession, du plaisir et de la satisfaction, tandis que l’amour agapè est du domaine de la volonté. Philia est plutôt égocentrique, alors qu’agapè est altruiste, parce qu’il recherche le bien de l’autre. Philia apparaît comme une facilité qui ne coûte rien, alors qu’agapè est un défi, comme le constatait déjà Euripide : « l’amour de soi passe chez tout le monde avant l’amour du prochain ». Et c’est là que le bât blesse, car comment aimer l’entreprise sans aimer de la même façon toutes ses parties prenantes ? Comment réussir sans réunir les conditions qui  donneront à tous un intérêt à coopérer en vue d’un bien commun ?

Si donc aimer c’est vouloir le bien de l’autre, que ce dernier nous plaise ou non, que de défis à relever pour les politiciens, les actionnaires, les patrons et dirigeants, les syndicalistes qui revendiquent tour à tour leur amour de l’entreprise…sans oublier naturellement les enseignants !

Un commentaire sur “Moi, 
j’aime l’entreprise…

  1. Ne soyons pas trop simplistes dans l’analyse du « moi, j’aime l’entreprise » d’un côté et de la standing ovation du 1 er ministre par le MEDEF d’un autre côté.

    Mon analyse: Il faut certes réduire les freins au développement de l’entreprise en réduisant leurs charges, idem pour les ménages. Mais c’est en réduisant le coût de l’Etat qu’il faut le faire et non en faisant porter l’effort sur les salariés aujourd’hui les plus pénalisés par le passage à l’EURO. (forte inflation non officielle depuis 12 ans de l’ordre de 3 à 4 % non compensée par la hausse des salaires, qui suit, elle, l’inflation mensongère officielle de 1, 5%)
    Dans cette entente cordiale j’entrevois trop une complicité entre le MEDEF qui se fiche sur qui pèsera l’allègement des charges du moment qu’elles soient et les politiques de gauche à 66 % issus de la fonction publique, loby des fonctionnaires, leur électorat qui sont prêt à alléger les charges des entreprises sur le dos des salariés car surtout pas touche à l’Etat obèse.
    Ensuite quelle inepsie de décider de mesures générales pour les entreprises sans distinguer celles qui sont les plus vulnérables par rapport à la mondialisation des autres totalement insubmersibles comme Total, EDF, les banques pour qui les mesures sont un effet d’aubaine dont elles auraient pu se passer. Je suis pour une différenciation du taux d’IS selon les secteurs d’activité . Il est trop élevé pour des boîtes qui doivent énormément investir en recherche développement pour survivre (le crédit impôt recherche n’est pas opérationnel et trop risqué) et beaucoup trop faible par exemple pour des banques dont le résultat se fait tout seul de façon récurrente.

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